L’île aux Bénitiers, propriété du gouvernement gérée par le ministère du Logement et des Terres, est en train d’être nettoyée de fond en comble pour qu’elle puisse retrouver son lustre d’antan et sa beauté naturelle, très abîmée. Elle avait bien besoin d’un grand coup de balai après des années d’incurie administrative et de laxisme guidé par des considérations politiciennes. Enfin !
Oui, il était grand temps que bon ordre soit mis dans ce capharnaüm qu’était devenu l’île aux Bénitiers où certains s’installaient à leur guise juste parce qu’ils connaissaient le baron politique local pendant que d’autres profitaient pour tondre Mauriciens et touristes, si ce n’est faire fructifier leurs activités illicites.
Lorsqu’on sait comment toute cette partie du littoral a été fortement impliquée dans le juteux business de stupéfiants avec La Réunion ces dernières années et que c’est cela qui a provoqué l’incarcération, retardée pour cause de connivence avec des parrains politiques, d’un certain Franklin, il n’est, en effet, pas trop tôt pour se pencher sur cet îlot.
Que l’exercice entrepris par le ministère que dirige Shakeel Mohamed ait froissé quelques opérateurs illégaux, mais qui exerçaient quand même une activité honnête, cela peut se comprendre. Peut-être, comme le revendique Stéphane Gua de ReA, il y avait matière à plus de consultations avant la grande opération de nettoyage. Mais il y avait aussi une urgence absolue pour que cette île soit réhabilitée.
What next ? Une fois l’île complètement remise en état, il va falloir tout un programme de préservation, de sécurisation des lieux, de maintien de la propreté, de l’interdiction du plastique et, ensuite, procéder à l’enregistrement de ceux qui gagnaient leur vie en y organisant un petit commerce. Un cahier des charges doit être établi pour le type d’aménagements autorisés.
Les établissements hôteliers du coin pourraient participer à cette entreprise de réaménagement et construire chacun un ou deux kiosques qui seraient respectueux de l’architecture locale et les offrir aux autorités publiques qui, ensuite, les loueraient à prix raisonnable à ceux qui ont toujours exercé une activité sur l’île.
Cela dit, il n’y a pas que l’île aux Bénitiers. C’est un bon début qu’un peu d’ordre soit mis dans la gestion du patrimoine national après des années d’anarchie, mais ce signal, selon lequel on ne peut pas disposer du domaine public comme on le veut, doit être étendu à tout, à tous et partout.
Un des « commerçants » de l’île aux Bénitiers a dit au ministre Shakeel Mohamed, lors d’une visite de ce dernier sur place, qu’il « avait voté travailliste » et que cela lui donnait en quelque sorte le droit d’y camper à sa guise. Il a, à juste titre, été immédiatement rembarré par le ministre.
Ça n’a, en effet, que trop duré, cette mentalité, encouragée d’ailleurs par les élus eux-mêmes, qui consiste à dire que puisque nous sommes « ou dimounn », cela donne de droit une autorisation à flirter avec l’illégalité et à faire n’importe quoi. Ce qui est en train d’être fait à l’île aux Bénitiers doit être répliqué partout pour que le pays retrouve un peu de discipline et de respect pour les lieux publics.
Le test que subira désormais le ministre Shakeel Mohamed sera son comportement face à des pratiques illégales, non pas à mille lieues de sa propre circonscription, ce qui n’affecte pas son réservoir de votes, mais dans son propre fief où les libertés prises sur la voie publique sont malheureusement devenues une bien regrettable tradition.
Les autres ministres, également concernés, devraient aussi pratiquer cette tant attendue « rupture » avec le passé et agir avant tout en garant des institutions, de l’intégrité des biens publics et de l’État de droit plutôt qu’à être en permanence en campagne électorale et pratiquer la chasse aux votes.
De l’île à la mer et, de la mer au jardin, il n’y a qu’un saut. La Garden Party organisée par le nouveau président de la République fait jaser. Avec raison. Et pour plein de motifs. Il avait été dit avant ce qui s’est avéré être un happening entre pique-nique, fancy-fair et concours de déguisements, que les admissions à la fête organisée pour marquer les célébrations de l’indépendance et de la République seraient strictement contrôlées et que ce n’est que sur présentation du carton d’invitation qu’il sera autorisé d’accéder à la pelouse de la State House.
Or, dès samedi après-midi, le pays a pu constater que ce ne sont pas des invités triés sur le volet qui avaient envahi la State House, mais pleins de « chatwas » qui ont connu une brusque et spectaculaire reconversion. Ici, une élue municipale du MSM, dont la gestion est constamment attaquée par les dirigeants de l’actuel gouvernement.
Et là, cette dame qui, tellement offusquée qu’il y ait eu des critiques contre Kobita Jugnauth après l’épisode de la décision de fermer les frontières juste après son retour au pays, qu’elle est montée au créneau pour la défendre. Cette porte-parole d’une association socioculturelle de femmes, terriblement offensée, avait réuni la presse pour témoigner de la solidarité de son mouvement avec l’épouse de Pravind Jugnauth qui, avait-elle dit, en lisant un texte écrit par ceux qui avaient commandité cet exercice aussi partisan que ridicule, qu’il faisait un « travail fantastique». Comme c’est dommage qu’on ne l’ait pas entendu après les Moustass Leaks, la saisie des Rs 114 millions et les montres Hermès.
Voilà le genre de personnages qui, nombreux, trônait au Réduit samedi dernier. Il ne manquait, en fait, que Sooroojdev Phokeer, le doublement médaillé de Pravind Jugnauth, élevé tour à tour au titre de Grand Officer of the Star and Key of the Indian Ocean (GOSK) et de celui de Grand Commander of the Star and Key of the Indian Ocean (GCSK). Alors que c’est le titre de GGOM, Grand Goalkeeper of the MSM, qu’il mérite.
Dans « les temps difficiles » que nous vivons, une cérémonie sobre avec les décorés 2025, des jeunes, des artistes, des sportifs et des handicapés aurait été bien plus appropriée. Que cela serve au moins de leçon.
JOSIE LEBRASSE