Pionnière des études sur les femmes en Inde : Vina Mazumdar, une grande dame du mouvement féministe indien 

Reynolds MICHEL

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Le Port, La Réunion

Vina Mazumdar (1927-2013) est une militante féministe et une pionnière des études sur les femmes en Inde, une « grand-mère des études féminines en Asie du Sud », précise-t-elle. À la fois porte-parole du mouvement des femmes en Inde et fondatrice du Centre d’études pour le développement des femmes (CWDS). Elle est connue et reconnue comme la doyenne du mouvement des femmes indiennes et la cheville-ouvrière du rapport historique de 1974, « Towards Equality », du Comité sur le statut des femmes en Inde post-indépendance. Elle a su combiner le militantisme des droits des femmes et la recherche universitaire sur la condition féminine dans son pays. Une belle figure qui mérite d’être mieux connue dans notre région de l’océan Indien. Faisons connaissance avec cette grande dame du mouvement féministe indien.

Jeunesse, formation et carrière universitaire

Vina Mazumdar est née Majumdar le 28 mars 1927, à Kolkata (Calcutta), dans une famille bengalie libérale de la classe moyenne. Elle est la plus jeune de la fratrie de cinq enfants (trois garçons et deux filles). Son père, Prakash Majundar, est ingénieur. Son oncle R. C. Majumdar, est un historien renommé. Elle effectue sa scolarité secondaire dans une école chrétienne anglicane pour filles, St. John College, à Calcutta, puis au Women’s College, et pour finir : des études universitaires à Calcutta (à l’Asutosh College), à Bénarès et enfin à Oxford où elle obtient une licence et un doctorat en 1962.

Soutenue par sa mère, Vina a grandi de manière assez autonome, prenant le bus et le tram pour aller au collège et décidant avec beaucoup de liberté de ses orientations scolaires et professionnelles. Elle appartient à une génération de femmes bengalies nées dans une Inde encore coloniale, mais en pleine ébullition sociale, politique et culturelle, dominée, sur le plan politique, par la pensée et l’action du Mahatma Gandhi et des révolutionnaires du Bengale et du Pendjab et, sur le plan culturel et artistique, par l’influence des Tagore, notamment le plus prestigieux d’entre eux, Rabindranath Tagore, le poète et prix Nobel de littérature.

Vina a eu également le privilège de vivre les dernières phases du mouvement d’indépendance de l’Inde en participant à diverses manifestations de masse. L’une des dernières de cette génération de femmes avec Lotika Sarkar (1923-2013) et Neera Desai (1925-2009) – autres leaders du mouvement des femmes –, à avoir été personnellement témoin de la transition de l’Inde vers l’indépendance, en assistant notamment à la passation du pouvoir le 14 août à minuit à Delhi et écoutant le discours de Jawaharlal Nehru intitulé « Rendez-vous avec le destin ».

Pionnière dans le domaine des études sur les femmes et combattante

Au cours de sa brillante carrière professionnelle, Vina Mazumdar a été professeur de sciences sociales dans plusieurs universités : celle de Patna, qu’elle rejoint en juillet 1951 et plus tard à l’université de Berhampur dans l’État d’Odisha. À l’Université de Palna (1951-1960), elle s’engage dans le syndicalisme et devient la première secrétaire de l’association des enseignants de l’université. À Berhampur, elle rejoint le secrétariat de la commission des subventions universitaires de New Delhi en tant que responsable de l’éducation. Elle est également membre de l’Institut indien d’études avancées, basé à Shimla, capitale de l’Etat de Himachal Pradesh, pour le projet de recherche « Enseignement universitaire et changement social en Inde » (avril 1970 – décembre 1970).

Très ouverte à de nouvelles sources de connaissances, elle se révèle durant ces années-là comme une éducatrice hors pair, toujours soucieuse de former les jeunes esprits à réfléchir et à se remettre continuellement en question. Entre temps, elle a épousé Shankar Mazumdar, rencontré à Patna, après avoir découvert son goût de la musique classique. Le couple a eu quatre enfants, trois filles et un garçon. Le seul changement dans son nom, a-t-elle écrit dans ses mémoires, a été le remplacement de la lettre « j » de son nom de famille (Majumdar) par un « z » (Mazumdar).

En 1971, Vina est nommée membre du Comité d’étude sur le statut des femmes en Inde (CSWI), créé par le gouvernement, en assumant la fonction de secrétaire. Un tournant dans sa vie. Il fallait parcourir le pays dans tous les sens pour écouter les femmes des villages, des villes et des communes – des femmes qui appartiennent à toutes les couches et à toutes castes et classes de la société indienne. Elle découvre le statut misérable et inégal de la masse des femmes indiennes pour qui peu de choses avaient changé depuis l’indépendance. « Nous sommes allées leur enseigner leurs droits dans la Constitution et nous avons fini, dit-elle, par être leurs élèves. Nous avons appris des choses sur l’agriculture, la migration pour le travail et leurs luttes quotidiennes. Toute ma perspective a été bouleversée. Cela m’a appris l’humilité. Les pauvres et les plus faibles luttent durement pour survivre, ils méritent donc mieux » (Akshaya Mukul, Vina Mazumdar the fighter, dans Times of India, 23 juin 2010).

Le rapport du Comité d’étude sur le statut des femmes en Inde (CSWI), Vers l’Égalité (1974) – œuvre collective coordonnée par Dina Mazumdar – marque un tournant dans les études féminines et le mouvement des femmes en Inde. Ce premier rapport, “Towards Equality” de 1974, qui analyse le statut des femmes dans les différentes communautés indiennes après plusieurs décades d’indépendance, est toujours considéré comme la documentation la plus complète dans le contexte indien. Et la contribution de Dina, en tant qu’architecte du rapport, a fait d’elle une chercheuse et une militante très recherchée, selon Vibhuti Patel, également chercheuse et universitaire (In India Together, 29/10/2013). Par la suite, elle s’est concentrée sur la lutte pour l’égalité des femmes, et, comme elle l’a dit elle-même, plus que jamais « activiste et critique, universitaire et mobilisatrice, publiciste et propagandiste ».

De 1975 à 1980, on la retrouve comme directrice du programme d’études des femmes au Conseil indien de recherche en sciences sociales, où elle œuvre, entre autres, pour la réforme du droit hindou visant à élargir les droits d’héritage des filles. En 1980, elle fonde avec Lotika Sarkar et d’autres collègues le Centre d’études pour le développement des femmes (Center for Women’s Development Studies, CWDS) à New Delhi. Une organisation autonome relevant du Conseil indien de recherche en Sciences sociales (ICSSR), où elle est directrice de 1980 à 1991 et professeure de recherche nationale jusqu’à la fin. Le concept de « recherche-action » est lancé en faisant participer des paysannes sans terre à des actions concrètes dans le district de Bankura ,au Bengale occidental. Le Centre devient rapidement une institution influente qui a un impact sur le cours des études féminines en Inde.

Vina-di, comme on l’appelait respectueusement et affectueusement, est restée jusqu’à la fin de sa vie fermement attachée et ancrée à un travail de terrain étroitement associé à la recherche : militantisme pour aider les femmes dans leur lutte pour la défense de leurs droits et recherche universitaire pour mettre en évidence les problèmes que rencontrent ces femmes et les propositions de solutions pour les traiter. Elle conçoit la lutte pour les droits des femmes comme une lutte politique visant à provoquer un changement par la participation active, l’autonomie et l’émancipation.

Elle décède le 30 mai 2013 à l’âge de 86 ans après une brève maladie dans un hôpital du centre de Delhi. Dans l’introduction de son récit de vie, Memories of a Rolling stone (New Delhi, Zubaan, 2010), elle se décrit comme une « militante des femmes », une « féministe », une « fauteuse de troubles », tout en préférant celle de « chroniqueuse et rédactrice du mouvement des femmes indiennes ». Une vie gravitant autour du bien-être social et de l’élévation de chaque femme.

« De 1975 à 1980, on la retrouve comme directrice du programme d’études des femmes au Conseil indien de recherche en sciences sociales, où elle œuvre, entre autres, pour la réforme du droit hindou visant à élargir les droits d’héritage des filles. En 1980, elle fonde avec Lotika Sarkar et d’autres collègues le Centre d’études pour le développement des femmes (Center for Women’s Development Studies, CWDS) à New Delhi. Une organisation autonome relevant du Conseil indien de recherche en Sciences sociales (ICSSR), où elle est directrice de 1980 à 1991 et professeure de recherche nationale jusqu’à la fin. »

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