Les Agaléens ne sont pas des colonisés

Le déplacement de la délégation ministérielle, dirigée par le Premier ministre adjoint Paul Bérenger à Agalega cette semaine, est une manifestation concrète de l’unité de Maurice dans sa diversité territoriale. M. Bérenger a utilisé un terme très fort à la fin de sa visite, rappelant que les Mauriciens ne doivent pas traiter les Agaléens comme des colonisés – une attitude qui malheureusement existait à l’époque vis-à-vis des Rodriguais, a-t-il déploré. De fait, il ne peut avoir de développement économique complet de Maurice sans l’intégration d’Agalega, de Rodrigues, de Saint-Brandon et des Chagos bientôt. Chaque île faisant partie de la République a ses valeurs et ses spécificités qui, mises ensemble, constituent la richesse de Maurice et en font “a large ocean developing state”.
La visite ministérielle à Agalega a été intéressante à plus d’un titre car c’est l’une des rares fois où des représentants de la presse indépendante ont été invités. Il faut retenir les efforts effectués par le chef de la délégation, le Premier ministre adjoint, qui n’a épargné aucun effort pour s’assurer que tous les journalistes présents prennent pleinement la mesure de la situation dans l’île. Il a insisté sur le fait que les journalistes soient présents lors de la visite de la tour de contrôle à Agalega afin de dissiper tous les doutes au sujet de la raison de la présence indienne. Il a, par la même occasion, insisté sur le fait que l’accord entre l’Inde et Maurice au sujet d’Agalega ne contient rien de compromettant quant à la souveraineté de Maurice et qu’il n’y a pas de base militaire sur l’île.

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Sur le plan général, à l’approche de l’île par l’ATR d’Air Mauritius, le premier constat est que le cyclone Chido a laissé l’île dans un état lamentable et de désolation visible. La cocoteraie qui recouvre une partie de l’île est dévastée, des toitures en tôle ont disparu, un hangar aéroport – qui devait normalement résister à des rafales de plus de 200 km/h – a été dévasté. Il semblerait que les rafales de 308 km/h avaient été enregistrées sur l’ile.
Les habitations ont été particulièrement affectées forçant de nombreuses familles à regagner Maurice. Le ministre Shakeel Mohamed ne cache pas que la reconstruction constitue une de ces priorités malgré le coût élevé prévu en prenant en compte que les matériaux doivent être transportés à partir de Maurice. Son équipe se penche actuellement sur les dispositions dont la construction des maisons préfabriquées et éventuellement le débarquement des matériaux importés directement dans l’île sans passer par Maurice. Les temps forts de cette visite ont été les rencontres avec les habitants. Ces derniers ont profité pour ouvrir leurs cœurs pour décrire les difficultés qu’ils rencontrent à tous les niveaux que ce soit concernant l’approvisionnement de marchandises, de l’éducation des enfants, de la santé. L’hôpital existant est bien loin de satisfaire les besoins de habitants en termes de soin et de santé. Ce qui explique que beaucoup d’Agaléens doivent faire le déplacement à Maurice pour les soins dentaires.
Or R.P Dussercle, dans son livre Agalega, petite île, qui a été réédité en 2006, a raison d’avancer qu’Agalega est une ile édénique et a un charme sans pareil. Si les projets de développement envisagés dans le sillage de la visite ministérielle se concrétisent, il y a des raisons de croire qu’Agalega peut devenir une perle associée à l’étoile et la clé de l’océan Indien.
Il ne faut pas oublier qu’Agalega comme demain les Chagos contribuent dans une dimension géopolitique capitale à la République de Maurice sans compter que les bancs de Saya de Malha font partie de la ZEE d’Agalega ; d’où son importance dans le cadre de l’économie bleue. Ce n’est pas un hasard si l’Inde a accepté de financer le développement d’une piste d’atterrissage et d’une jetée moderne dans l’ile. Un radar pour la surveillance de la région et l’observation climatologique est en voie de construction.
Mais comme le dit si bien le Premier ministre adjoint, les Agaléens ne doivent pas être traités comme des colonies. L’arrogance avec laquelle les services douaniers et le personnel de Mauritius Duty Free Paradise ont refusé le droit aux Agaléens – qui voyageaient par le même avion que le Premier ministre adjoint – d’avoir accès aux service duty free pour acheter des bonbons est une honte qui devra est corrigée au plus vite.

Jean Marc Poché

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