Drôle d’oiseau !

À force de jouer à l’autruche, l’on risque bien de ne plus pouvoir retirer à temps notre tête du sable. Et personne ne pourra prétendre que l’on ne nous aura pas prévenus. En cause : le dérèglement du climat, encore lui, avec des conséquences toujours plus dramatiques. Des impacts qui, selon les experts, pourraient d’ailleurs bien être cette fois irréversibles. Entendez par là que l’on aurait déjà franchi le seuil de basculement, le point de non-retour. Ou encore, dit autrement, la frontière entre le « on fera tout pour s’en sortir » et l’« advienne que pourra » !

- Publicité -

Ces propos alarmistes sont en réalité portés par de nouvelles analyses des données climatiques de 2024. Avec pour constat un enchaînement de tristes records, que ce soit au niveau de la hausse des températures – sur terre comme en mer –, de concentrations de CO2 dans l’atmosphère, ou encore de montée des eaux… Autant de signes évidents du changement climatique induit par l’homme, donc, et dont les conséquences prendraient alors, quoi que l’on puisse se décider enfin de faire pour réparer nos erreurs, des centaines, voire des milliers d’années, pour retrouver un certain équilibre. C’est en tout cas ce que notaient encore récemment les auteurs d’un rapport sur le climat de l’Organisation météorologique mondiale (OMM).

Ainsi, la concentration de CO2 dans l’atmosphère, de même que de méthane et d’oxyde nitreux (responsables de l’effet de serre), n’aura jamais été aussi élevée depuis… 800 000 ans. En outre, le réchauffement aura été l’an dernier de +1,5 °C. Autrement dit le plafond décrété par l’accord de Paris, signé en 2015. Sauf qu’on l’aura atteint avec près de 70 ans d’avance. Ce qui constitue « un signal d’alarme indiquant que nous augmentons les risques pour nos vies, nos économies et la planète », précise la Secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo.

Le même mouvement dramatique a été relevé au niveau des océans, qui ont eux aussi continué de se réchauffer ces deux dernières décennies. Avec pour conséquence non seulement d’affecter l’ensemble de l’écosystème marin et une partie des infrastructures côtières, mais aussi d’accélérer la fonte des glaces. Résultat : le taux d’élévation du niveau de la mer a doublé depuis le début des mesures par satellite. Sans compter bien entendu la multiplication des phénomènes extrêmes, et bien entendu leur regain d’intensité.
Face à ce constat, on en est aujourd’hui réduit à favoriser la mise en place de systèmes d’alerte. Alors oui, c’est désormais une urgence, mais une fois encore, il ne s’agit ici que de mesures d’adaptation. Ce qui, si l’on avait pris au sérieux les premiers lanceurs d’alerte, il y a maintenant trois ou quatre décennies, n’aurait probablement jamais été nécessaire. Sauf que… nous étions alors tous trop occupés à compter les billets générés par notre système économique, ce même système à l’origine de tous nos déboires.

Est-ce à dire que l’on doive baisser les bras, voire enfouir plus profondément encore notre tête dans le sable jusqu’à ce que tout notre corps y soit enseveli ? Certainement pas, bien sûr. À ce titre, António Guterres expliquait encore, dans le sillage de la sortie du document de l’OMM : « Ce rapport montre qu’il est encore possible de limiter l’augmentation de la température mondiale à long terme à 1,5 °C. (…) Les dirigeants doivent prendre des mesures pour y parvenir, en tirant parti des avantages des énergies renouvelables propres et bon marché pour leurs populations et leurs économies, et en élaborant de nouveaux plans nationaux de lutte contre le changement climatique, qui doivent être présentés cette année. » De sages paroles, c’est vrai, même si le chef de l’Onu a plus que certainement prêché dans le désert, où comme on le sait pullulent justement les autruches.

En ignorant sciemment les avertissements adressés par la communauté scientifique, et en se persuadant que tout va bien et que rien ne viendra bouleverser l’ordre du monde, l’humanité démontre, une fois de plus, que l’intérêt d’une minorité primera toujours sur celui du plus grand nombre. Et que d’être doté d’une grande intelligence n’empêche pas d’avoir la cervelle d’un moineau doté d’un corps d’autruche. Sapiens, décidément, est vraiment un drôle d’oiseau.

Michel Jourdan

- Publicité -
EN CONTINU

l'édition du jour