Dangereuses fuites de l’argent des contribuables

Tous les ans en cette période de l’année, l’actualité est dominée par la publication du rapport de l’Audit. Comme chaque année aussi, les Mauriciens ont droit à un catalogue exhaustif de cas de mauvaises gouvernances, de manque de planification et de gaspillage des fonds publics. Selon le ministre délégué aux Finances, Dhaneshwar Damry, le rapport de l’Audit pour l’exercice 2023-24 a relevé 301 problèmes, contre 168 l’année précédente. Un problème sur trois a ainsi été résolu, et d’autres à moitié ou pas du tout.

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Les jours qui suivent la publication du rapport sont dominés par des commentaires, des débats et des recommandations. Les responsables de ces débâcles sont pointés du doigt. Combien de fois n’a-t-on pas entendu parler d’institution de comité de suivi et mise en œuvre des recommandations. Cela n’a pas empêché l’augmentation des problèmes dénoncés par l’Audit d’années en années. Lorsqu’on sait que le rapport de l’Audit n’est qu’un échantillon du réel problème qui affecte la fonction publique, on peut imaginer que la fuite de l’argent des contribuables découlant du gaspillage, entre autres, est comparable aux fuites d’eau enregistrées au niveau de la CWA.

Autant d’argent qui n’est pas utilisé au profit du développement du pays. « C’est un gaspillage terrible; l’argent public est devenu leur (l’ancien gouvernement) argent. C’est pourquoi le pays est à genoux. Nous sommes appelés à redresser cela », a lancé le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à Triolet jeudi dernier. Il revient à son gouvernement de mettre en place le mécanisme nécessaire pour assurer la redevabilité et pour rappeler à l’ordre les récidivistes. L’annonce que le rapport du PAC Public qui aura des pouvoirs élargis sera débattu au parlement va dans le bon sens.

D’autre part, les débats parlementaires continuent de polariser l’attention semaine après semaine. Il faut reconnaître que la nouvelle Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, a réussi à imposer le respect de chaque côté de la Chambre par son impartialité et sa finesse. On l’a vu ramener à l’ordre le ministre de l’Éducation, qui s’égarait dans un discours politique au lieu de répondre à la PNQ qui lui était adressée. Cette semaine, la ministre déléguée à la Culture Véronique Leu-Govind a dû withdraw une partie de son discours, dans laquelle elle critiquait un membre de l’opposition absent au Parlement. Elle a rappelé à l’ordre la ministre déléguée à l’Environnement Joanna Bérenger, qui s’était lancée de manière inattendue dans un discours en créole dans le cadre des débats sur la Bail Act. « Je ne suis pas contre l’usage du créole, bien au contraire. Mais mon devoir est d’assurer le respect de la Constitution et des lois. Le créole n’est pas reconnu comme une langue parlementaire. »
La campagne en faveur de l’introduction du créole au Parlement ne date pas d’hier. Le travail abattu par Arnaud Carpooran et son équipe de la Creole Speaking Union est suivi avec intérêt. De plus, l’introduction du créole au Parlement figure dans le programme gouvernemental. La démarche de Joanna Bérenger peut être qualifiée de courageuse, mais c’est sa réaction à la remarque de la Speaker qui surprend. On ne comprend pas pourquoi elle n’a pas acquiescé à la demande de cette dernière au lieu de réduire son discours au silence. On ne saura pas ce qu’elle pense de l’amendement à la Bail Act, qui était le but de son intervention. Jusqu’à quand gardera-t-elle le silence ?

Sur la base de son interprétation de la Constitution et si la Speaker n’était pas intervenue, n’aurait-elle pas ouvert la porte à des abus ? Comment aurait-on pu empêcher un autre parlementaire d’intervenir dans une autre langue parlée à Maurice, mais non autorisée au Parlement ? Elle a exercé une pression inutile sur la Speaker.

Une autre surprise est venue des membres de l’opposition, qui n’ont pas participé aux débats sur la Bail Act, parce que le leader de l’opposition réclame un temps illimité pour son discours. Allons donc ! Joe Lesjongard, qui est très conscient de la défaite de 60-0 subi par son parti, semble oublier que lorsque l’ancien Speaker assassinait la démocratie parlementaire en harcelant les membres de l’opposition, y compris son leader, il était lui-même assis sur les bancs de la majorité sans protester. Un peu de modestie et de modération ferait du bien à tout le monde.

Alors que nous nous apprêtons à célébrer la fête Eid ul-Fitr, nous avons une pensée spéciale pour tous ceux qui, en raison de la guerre à Gaza et ailleurs, ne pourront la célébrer paisiblement.

 

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