Le mystère entourant le meurtre présumé de Pravin Kanakiah, ancien cadre de Procurement du secteur public, s’épaissit. Tout le monde, y compris sa femme, semble se fourvoyer sur la couleur des vêtements que le défunt portait le jour de sa disparition. L’ASP Ghoorah, qui était l’enquêteur principal de la Major Crime Investigation Team (MCIT) dans cette affaire, ne peut confirmer si le signalement exact du disparu avait bien été envoyé aux forces de police du pays. Il n’a aussi pu expliquer l’entrée en scène du sergent Tapsee dans cette affaire. Il a maintenu qu’aucune information importante n’avait été décelée dans les images CCTV couvrant l’itinéraire de Pravin Kanakiah dans les parages de Roche-qui-Pleure.
Pour cette nouvelle séance de l’enquête judiciaire en Cour de Souillac sur la mort suspecte de Pravin Kanakiah, hier, Me Damodarsingh Bissessur, le représentant du Directeur des Poursuites Publiques (DPP), a procédé à l’interrogatoire de l’ASP Heman Dass Ghoora. Il en est ressorti que le 10 décembre 2020, vers les 18 h, l’épouse de Pravin Kanakiah, Reshmee, avait rapporté la disparition de son mari au poste de police de Moka. Ce dernier travaillait au National Laboratories Complex du ministère de la Santé à Réduit.
Elle avait fourni à la police une description des vêtements que portait son mari ce jour-là. Selon cette description, le disparu portait une chemise de couleur rose pâle, un pantalon beige et des chaussures noires. Il avait aussi un sac à dos de couleur noire. Cette description avait été transmise à tous les postes de police du pays.
Or, le même jour, après avoir visionné les images des caméras de surveillance de sa résidence à Plaine-Magnien, Reshmee Kanakiah était repartie au poste de police de Moka vers les 22 h. Elle avait apporté des modifications dans la description des vêtements que portait son mari. Cette fois-ci, elle avait expliqué que son mari portait une chemise de couleur bleu pâle, un pantalon noir et un sac à dos de couleur noire. Toutefois, l’ASP Ghoora n’a pu confirmer si le nouveau signalement du disparu avait été effectivement communiqué aux divers postes de police.
Le lendemain, soit le 11 décembre 2020, le corps de Pravin Kanakiah avait été repêché par les éléments de la National Coast Guard (NCG) à la Roche-qui-Pleure, dans les environs de Gris-Gris. L’enquête avait débuté au niveau du poste de police de Souillac, sous la supervision de l’inspecteur Rughoonundhun, mais le Case File avait ensuite été transféré à la MCIT.
Visionnage et dysfonctionnements
Me Bissessur a ensuite abordé le visionnage des images CCTV dans la région de Gris-Gris par la police. Il a fait ressortir que le constable Seedanie, affecté au poste de police de Souillac, avait eu la responsabilité de visionner les images des caméras Safe City (cinq en tout) dans une tentative d’établir les Whereabouts de Pravin Kanakiah le 10 décembre 2020.
Le PC Seedanie avait provoqué un étonnement hors mesure en affirmant en Cour qu’il avait visionné 130 heures d’images en 7 heures seulement. L’ASP Ghoorah a confirmé qu’il avait effectivement pris connaissance du Statement du PC Seedanie, en date du 14 décembre 2020, où ce dernier avait affirmé qu’il n’avait vu personne qui correspondait au signalement de Pravin Kanakiah.
Le haut gradé a expliqué que le visionnage des images des caméras de surveillance n’avait pas été effectué en une seule étape. Ainsi, le PC Govinden du MCIT, avait lui aussi visionné ces images. Il a maintenu qu’aucune information importante n’avait été décelée dans ces enregistrements.
Me Bissessur devait revenir à la charge et maintenir que le PC Seedanie n’avait pas été fourni d’une description exacte des vêtements que Pravin Kanakiah portait le jour de sa disparition. En outre, il avait dû se baser sur une photo de Pravin Kanakiah qu’il avait dû puiser sur la page Facebook du défunt. L’ASP Ghoorah a expliqué qu’il ne pouvait répondre pour le PC Seedanie. Il a aussi confirmé que, pour ce qui est du stockage des images des caméras Safe City, elles ne sont conservées que pendant trois mois, et qu’elles ne sont plus disponibles à présent.
Le haut gradé a expliqué que la MCIT s’est basée sur le visionnage effectué par le PC Seedanie, portant sur cinq caméras, et n’avait pas vérifié les images d’autres caméras dans la région. Mais cela n’avait rien donné, et la MCIT avait alors orienté son enquête vers d’éventuels témoins, qui auraient pu croiser Pravin Kanakiah dans les parages de Roche-qui-Pleure.
Le sergent Tapsee, alors affecté au poste de police de Chemin-Grenier, avait consigné un Statement le 12 décembre 2020, pour dire que le 10 décembre, alors qu’il faisait son footing dans les parages de la Roche-qui-Pleure, il avait aperçu Pravin Kanakiah vers les 17 h.
Enter sergent Tapsee
À une question de Me Bissessur lui demandant si le sergent Tapsee était venu de l’avant de son plein gré ou si c’était quelqu’un de la police qui lui avait demandé de consigner ce Statement, l’ASP Ghoora a répondu que : « I am not in a position to answer that question ».
Me Bissessur a alors mis en avant une divergence dans la description des vêtements que portait Pravin Kanakiah : le sergent Tapsee, qui avait déposé en Cour l’année dernière dans le cadre de cette enquête, avait expliqué que Pravin Kanakiah portait une chemise de couleur noire et un pantalon de la même couleur, ce qui est en contradiction avec la description fournie par Reshmee Kanakiah.
L’ASP Ghoora a fourni une explication : le défunt aurait pu avoir changé de vêtements à un moment donné, mais Me Bissessur n’a pas manqué de lui faire remarquer que c’était là uniquement son opinion, et qu’aucune preuve n’a été mise en avant à ce sujet. L’ASP Ghoora a répondu que même sa femme, qui était ensemble avec lui le matin de sa disparition, s’était trompée sur la couleur de ses vêtements.
La magistrate Ameerah Dhunnoo a alors mis fin à la séance. La prochaine audience a été fixée au 6 mai.