La Federation of Education Unions, regroupant la Government State Secondary Teachers Union (GSSTU) et l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE) ainsi que d’autres instances syndicales, a organisé les pré-Assises de l’éducation, hier. L’idée étant de réunir les membres pour discuter sur les différents points à soumettre au ministère de l’Éducation, dans le cadre des Assises prévues les 15, 16 et 17 avril. Les ministres Mahend Gungapersad et Kaviraj Sukon étaient présents à cet événement.
Ainsi, la Federation of Education Unions (FEU) a identifié sept points sur lesquels elle a invité ses membres à débattre. Ils concernent l’accès à l’éducation, l’inclusion et l’équité; la qualité et la pertinence; l’efficience (interne et externe); partenariat et travail en réseau; planification, programmation, suivi et évaluation à l’aide des indicateurs clés de performance; recherche, développement et innovation. Pour Yugeshwur Kisto, président de la FEU, cette démarche vise à apporter une vision collective, sur les réformes de l’éducation.
«Les inégalités systémiques existent toujours, il nous faudra avoir une approche plus inclusive. De même, la pandémie de Covid-19 nous a démontré à quel point la fraction numérique affecte l’éducation. C’est une question qu’il faudra aborder, car il nous faut aujourd’hui, préparer les jeunes à une économie de plus en plus automatisée », fait-il ressortir d’emblée. La distribution équitable des ressources et la mise en place d’un environnement d’apprentissage sain et sécurisé figurent parmi les autres priorités.
S’adressant aux enseignants réunis au MGI, hier, le ministre de l’Éducation a salué cette initiative. Elle permet, selon lui, de donner à chacun d’exprimer ses points de vue et se préparer en vue de ces Assises, prévues. « Je sais qu’il y a la question de violence et de Bullying qui préoccupe en ce moment, mais il n’y a pas que cela. Il y a aussi la dimension pédagogique sur laquelle il faudra se pencher », fait-il ressortir.
Il a cité en exemple, la promotion automatique au primaire. « Faut-il aller de l’avant avec ce système ? J’aimerais savoir ce que vous en pensez. Il en est de même pour les académies. Faut-il maintenir la mixité? » se demande-t-il. Même si le modèle du MGI a été souvent cité pour défendre les académies, a-t-il poursuivi, le fait demeure que ce modèle n’a pas été reproduit comme tel dans les académies.
Au chapitre de l’indiscipline, le ministre a indiqué que l’école est le reflet de ce qui se passe dans la société actuellement. «Imaginez nos écoles dans 10 ans, si nous ne nous attaquons pas à ce problème maintenant», confie-t-il. Il est revenu sur le cas de parents qui viennent menacer ou agresser les membres du personnel à l’école. Il s’est dit en faveur d’un durcissement de la loi pour punir ce genre de comportement. « De même, la Children’s Act a donné beaucoup de droits aux enfants. Il y a nécessité de revoir aussi les responsabilités », concède-t-il.
Mahend Gungapersad a réitéré aux enseignants le fait qu’ils ont aussi des responsabilités, au-delà du curriculum. « Vous êtes aussi responsables du curriculum informel. Soyez attentifs à ce que vous transmettez à travers vos attitudes et vos discours. Si vous vous occupez toujours des enfants venant de familles aisées et négligez ceux qui viennent de milieux modestes, par exemple, vous donnez le mauvais signal », déclare-t-il.
Il a invité les éducateurs à se remettre en question également sur leurs méthodes d’enseignement, évoquant une remise à jour de la formation des enseignants. Il dit également avoir pris note de l’impatience dans certains milieux, mais pour faire les choses bien, il faut prendre du temps.
Repenser la pédagogie
Le ministre de l’Enseignement supérieur a lui aussi félicité la FEU pour cette initiative. Il a évoqué son intérêt pour les Assises de l’éducation, étant donné que ce secteur va produire les futurs étudiants des universités. « Après les Assises de l’éducation, nous allons organiser le Higher Education Summit, pour faire le suivi. L’une de mes préoccupations est de comprendre pourquoi si peu de nos étudiants arrivent jusqu’aux études supérieures. Selon les statistiques, sur 10 enfants qui entrent en Grade 1, seuls 3 accèderont à l’université », annonce-t-il.
Il a invité les membres du corps enseignant à réfléchir sur la pédagogie et à évaluer le curriculum. Il a pris en exemple certains concepts en mathématiques qui sont du niveau du secondaire et s’est interrogé sur leur pertinence au primaire.
Kaviraj Sukon s’est étendu sur l’utilisation des outils numériques comme support pour l’enseignement. Il a parlé d’un de ses élèves de Bachelor of Education, qui avait utilisé une vidéo, pour créer l’environnement et l’ambiance nécessaire à l’enseignement d’un poème. « L’approche, la méthode d’enseignement, est très importante. Il faut faire en sorte d’aiguiser leur capacité à réfléchir », reconnaît-il.
Après ce forum, la FEU mettra au point son mémoire, qu’elle présentera au ministère de l’Éducation, en guise de contribution, pour les Assises. Signalons la présence des députés Chetan Baboolall et Babita Thannoo. Cette dernière a présidé la dernière session de la journée. Vinayagum Chinapah, professeur émérite de l’Université de Stockholm et ancien Programme Director à l’UNESCO, a également fait une présentation. Plusieurs membres de l’UPSEE, dont le président, Arvind Bhojun, sont aussi intervenus sur différents thèmes. Roshan Boodnah, président de l’AMGISS, a également pris la parole.
Yugeshwur Kisto (président, FEU): « Un système qui ne répond plus aux défis contemporains »
« Les Pré-Assises de l’Éducation marquent un moment crucial dans la réflexion nationale. C’est le fruit d’un travail planifié et assidu suite à une série de concertations, initiées par la FEU. Nous sommes confrontés à un système éducatif qui ne répond plus aux défis contemporains. Nos écoles continuent de former des élèves pour un contexte déjà devenu obsolète, ignorant les transformations technologiques, économiques et sociétales qui redéfinissent notre rapport au travail, à la connaissance et à l’innovation.
« Notre vision est simple mais ambitieuse : transformer l’éducation en un véritable moteur de développement social et économique. Cela signifie repenser totalement nos programmes pour privilégier des compétences concrètes – pensée critique, adaptabilité, créativité numérique – plutôt que la simple accumulation de connaissances théoriques.
« Nous voulons des écoles qui préparent réellement nos jeunes aux métiers de demain, qui développent leur capacité d’apprentissage continu et leur permettent de devenir des acteurs de leur propre parcours professionnel et personnel.
« Cette transformation nécessite la mobilisation de tous : enseignants, parents, entreprises et institutions. Ce n’est pas seulement une réforme éducative, c’est un projet révolutionnaire de société. Nous construisons aujourd’hui les fondations intellectuelles et humaines qui détermineront la compétitivité et la résilience de Maurice dans les prochaines décennies. Notre ambition est claire : faire de l’éducation le principal levier de notre développement national, en plaçant l’innovation, l’équité et l’épanouissement individuel au cœur de notre stratégie. »
Mission de Gungapersad en Angleterre : Le KM au menu des discussions avec Cambridge
Le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, sera bientôt en mission en Angleterre, principalement pour des séances de travail avec Cambridge International Examinations. Répondant à une question de Le-Mauricien à ce sujet, il a indiqué que les discussions porteront sur les cadres pour l’évaluation et le curriculum.
« Il y a quelques petits soucis, nous allons voir comment les éclaircir. Nous avons également introduit le Kreol Morisien en Grade 12, ce sera l’occasion de discuter comment nous allons procéder à l’évaluation et quel en sera l’impact sur le HSC. De même, il y a d’autres matières que nous envisageons d’introduire, ce sera l’occasion d’en discuter. Même pour les matières déjà au programme, il faut voir, là où il y a des loopholes, comment nous pouvons les adresser et donner davantage de confiance.»
Cela voudra-t-il dire que le KM en HSC sera évalué par Cambridge et non par le National Examinations Board ? Mahend Gungapersad a répondu qu’il est trop tôt pour se prononcer à ce sujet. « Nous allons d’abord en discuter et voir comment procéder dans l’intérêt de nos enfants, dans l’intérêt de notre système. Et aussi, avoir l’avis des examinateurs chevronnés sur la question. »