Returning Officer : Abdool Sariff
L’histoire ne concerne pas que les grandes agglomérations huppées de la capitale ou des Plaines-Wilhems. Le Ward 1 de Beau-Bassin/Rose-Hill, comprenant les quartiers de Stanley et Trèfles – où Mahen Choolun (ML), Olivier Barbe (PMSD), Kessavadee Mootoosamy (MSM) et Nazir Junggee (MSM), sous la bannière de l’Alliance Lepep, avaient damé le pion à la citadelle mauve, en juin 2015 -, regorge de témoignages de la vie passée qui mérite le détour. Il demeure un véritable Melting-Pot d’ethnies et de cultures qui coexistent harmonieusement.
La vieille chapelle en pierres taillées de Stanley, revêtant une importance historique aux yeux de la communauté catholique indo-mauricienne, en est un parfait exemple. Sauf que ce reluisant tableau est terni par divers facteurs : la prolifération de la drogue, la dégradation de l’environnement et des infrastructures sportives… Marqués par le temps et l’usure, Trèfles et Stanley méritent une regénération digne de ce nom.
Il faut pointer l’aiguille de la machine à remonter le temps à la fin du 19e siècle pour comprendre la genèse de cet arrondissement, où l’on peut apercevoir les vestiges de l’ancienne sucrerie de Sir Célicourt Antelme, nichée à quelques mètres du poste de police de Stanley. À quelques encablures desdits vestiges, trône la chapelle Sainte-Anne, le plus ancien lieu de culte de Beau-Bassin/Rose-Hill, construit en 1872 sur un terrain cédé par sir Célicourt Antelme.
La chapelle d’origine n’était qu’une modeste salle au sol en terre battue, aux murs enduits de boue et crépis de bouse de vache et au toit recouvert de feuilles séchées de cannes. Sa structure a été inspirée par les chaumières avoisinantes des Tamouls catholiques qui travaillaient sur l’établissement sucrier. De 1890 à 1901, le père François Guilhen incita la communauté catholique de Stanley à ériger une nouvelle chapelle, qui a été construite en pierre à partir des vestiges de l’ancienne usine. Grâce aux revendications de l’Association mauricienne des Indo-catholiques (IMCA), la vieille chapelle a été décrétée patrimoine national, en 2016.
Le quartier de Trèfles n’a pas la même riche histoire que Stanley. 1962 marque une addition importante qui va permettre à Rose-Hill de se prolonger au-delà de la rue Hugnin pour aller jusqu’au Corps-de-Garde. Les limites de la ville sont étendues pour inclure Trèfles (4 500 habitants). Au début des années 1960, le gouvernement colonial et le conseil de ville en place, partageant la volonté de doter le quartier de logements décents, entreprennent une série de projets, à l’instar du système de location-vente, dont beaucoup ont bénéficié, de sorte qu’aujourd’hui de nombreuses familles de Trèfles possèdent leur propre maison. Un riverain soutient que « jadis, il y a 50 ou 60 ans, les terrains se vendaient à Rs 2.50 ou Rs 3 la toise. »
Le Ward 1, aussi bien que les cinq autres arrondissements, a souvent basculé dans l’escarcelle du MMM, quand bien même on a assisté à des surprises mémorables depuis 1977, quand l’administration des villes-sœurs est passée pour la première fois sous administration mauve. Le 1er août 1993, lors de trois partielles simultanées à Beau-Bassin/Rose-Hill dans les Wards 1 (Stanley/Trèfles), 2 (Rose-Hill centre/Plaisance) et 3 (Beau-Bassin centre/Barkly), le PMSD, se présentant seul avec un timide soutien du PTr, Hervé Duval l’emporte dans tous les trois Wards sur les candidats MMM, alors en alliance au sein du gouvernement avec le MSM. Comment ne pas s’appesantir sur la déculottée infligée par l’Alliance Lepep aux Mauves en juin 2015 (120-0) ? Les choses risquent d’être différentes, lors de la prochaine joute.
« Notre heure est venue »
Remis en selle, le MMM, flanqué de ses alliés, piaffe d’impatience d’en découdre, dix ans après cette défaite au goût amer. C’est du moins ce qu’affirme Sindy Christian, ex-conseillère mauve entre 2012 et 2015, classée septième au Ward 1 lors de la dernière joute. « Nous avions entrepris de grands projets pour les villes-sœurs durant notre mandat qui a débuté en 2012, mais c’était sans compter cette défaite inattendue de 2015 qui nous est restée en travers de la gorge. On savait qu’on pouvait faire mieux que ceux qui nous ont supplantés. Le fait que le MSM ait renvoyé ces élections à trois reprises, pour des raisons fallacieuses, nous a coupé l’herbe sous les pieds. Notre heure est venue. L’Alliance du Changement redonnera à Beau-Bassin/Rose-Hill ses lettres de noblesse. »
Quid des projets entrepris par l’administration sortante dans l’arrondissement No 1 ? L’aménagement d’un centre municipal à Trèfles, la construction de nouveaux drains rue Berthaud et l’inauguration d’une clinique à Stanley, le 3 mai 2024, figurent parmi les réalisations du bloc MSM/ML, sauf que la présence d’une meute de chiens et chats errants dans les parages de la clinique, à l’origine d’une invasion de puces dans école maternelle, l’année dernière, met en rogne les habitants.
Le conseiller sortant du PMSD, Olivier Barbe, élu en deuxième position dans le Ward 1, en 2015, avait rejoint les rangs de l’opposition en 2016, après la cassure. Il souligne que « l’Alliance Lepep peut se vanter d’avoir doté la rue Berthaud d’un système de drain moderne, sauf qu’il est regrettable que le conseil n’ait pas aménagé un parcours de santé reliant Stanley à Trèfles et la construction d’un gymnase polyvalent, comme je l’avais proposé ».
Le déclin du sport roi
Le déclin du sport roi à Stanley, dû à l’absence relative d’infrastructures, est un dossier sur lequel le prochain conseil devra se pencher. « Stanley ne dispose d’aucun club de football. C’est une honte ! Jadis, le Stanley United faisait la fierté du quartier mais il a disparu. Le grand terrain de football a été supplanté par un mini-soccer pitch. Je pense que c’était une mauvaise décision », confie Rajen.
Même son de cloche du côté de Trèfles. On ne peut passer sous silence l’état lamentable dans lequel se trouve le jardin d’enfants jouxtant le terrain de foot. L’urgence de doter le quartier de facilités sportives modernes est d’autant plus impérieuse que la prégnance du trafic et de la consommation de drogue pèse sur le quotidien des habitants, auxquelles s’ajoutent une pauvreté et une insécurité accrues et la dégradation de l’environnement. Les dépôts sauvages effectués sur des terrains abandonnés, où des toxicomanes s’adonnent à leurs basses besognes, ont pris des proportions alarmantes.
Outre la transformation physique des quartiers et le développement de nouvelles activités, la revitalisation urbaine est aussi un processus social. Elle implique la participation active des résidents et des parties prenantes locales à la définition et à la mise en œuvre des actions de revitalisation, favorisant ainsi l’appropriation collective et la cohésion sociale pour mettre à mal les fléaux qui gangrènent ces quartiers. C’est le grand défi que devra relever la future administration.
En Avant Moris de Patrick Belcourt déploie une énorme débauche d’énergie dans les six arrondissements des villes sœurs, avec la ferme intention d’appliquer le contenu de son manifeste électoral. « Beau-Bassin/Rose-Hill est l’otage des partis traditionnels et de leurs leaders depuis trop longtemps. Notre manifeste englobe tous les éléments susceptibles de donner ou redonner du lustre à ces quartiers. Notre objectif est clair. La balle est dans le camp des électeurs », confie Patrick Belcourt.