Assemblée nationale – PNQ : comme les torrents, Phokeer balaie tout

Farhad Aumeer (Ptr), accusé d’être derrière ce qui est présenté comme une Fake Letter au ministre Hurreeram, expulsé et Named

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Shakeel Mohamed : « Le ministre a pris 23 minutes sur 30 pour sa réponse liminaire »

Rien n’a résisté au Speaker de l’Assemblée nationale, Sooroojdev Phokeer, lors des échanges sur la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Shakeel Mahomed, portant sur les conséquences des pluies torrentielles de dimanche. Même le député du Parti travailliste, Farhad Aumeer, a été balayé par le Speaker de l’hémicycle, même s’il n’était pas in the Frontline lors des échanges entre le leader de l’opposition et le ministre des Infrastructures, Bobby Hurreeram. Il s’est retrouvé derrière ce qui est présenté par le président de la séance comme étant une Fake Letter au ministre Hurreeram avertissant sur les risques potentiels au sujet de la maison qui s’est effondrée dimanche au Ruisseau-du-Pouce.

Et pire encore, d’abord, Farhad Aumeer a été expulsé de l’hémicycle pour avoir osé donner des éclaircissements au sujet de cette lettre adressée au ministre. Puis le Speaker devait sortir l’arme fatale : « I’m naming you! I’m naming you! » Ces incidents sont survenus peu avant le Lunch Break, avec Sooroojdev Phokeer brandissant un document à la Chambre affirmant que « the minister is not aware of any letter ». Il avance que cette lettre ne porte aucune marque distinctive et ajoute : « I declare this letter fake (for the purpose of Parliament suite à des protestations de l’opposition) and irreceivable. »
D’ailleurs, les échanges lors de la PNQ ont suscité des controverses et protestations de l’opposition, notamment en ce qui concerne la réponse liminaire élaborée du ministre Hureeram. Mais le Speaker n’en a pas fait grand cas, tout en demandant au ministre de continuer sur sa lancée.

Shakeel Mohamed : Les Standing Orders prévoient que vous, le Speaker, avez le contrôle non pas sur la teneur des réponses, mais sur la pertinence. Je veux que vous portiez une attention particulière sur la pertinence des réponses du ministre.
Speaker : Je rejette votre Point of Order. Vous êtes en train de me donner des ordres.
Avec Bobby Hurreeram prenant amplement le temps dans sa réponse liminaire, le leader de l’opposition l’a interrompu…
Speaker : Vous devez me signaler si vous avez un point de droit. Vous ne pouvez pas que crier. Ce n’est pas un comportement d’un Honourabe Member…
Mohamed : Pouvez-vous prendre en considération…
Speaker : Non, non. Vous ne pouvez procéder ainsi. Vous ne pouvez pas vous engager dans une conversation avec le Speaker. Vous êtes un avocat chevronné, vous savez comment il faut s’adresser au Speaker.
Mohamed : Sur un point de droit, le ministre a pris plus de 23 minutes sur les 30 pour répondre…
Speaker : It’s not a point order. C’est ma juridiction. Vous êtes en train de remettre en question ma juridiction. Restez tranquille et laissez le ministre continuer avec sa réponse.
Initialement, les inondations qui ont frappé le pays, notamment les régions du Nord-Ouest et de l’Ouest dimanche, étaient au centre de la PNQ adressée par le leader de l’opposition, Shakeel Mohamed, au ministre des Infrastructures publiques et du Développement communautaire, Bobby Hurreeram. Il voulait ainsi savoir si, en ce qui concerne les inondations des 15 janvier et 21 avril, le ministre pouvait donner des informations sur le nombre de projets de Land Drainage mis en œuvre et terminés, de même que leurs coûts, les noms des entrepreneurs, ainsi que les dates du début et d’achèvement des travaux. Il voulait aussi en savoir plus au sujet des projets pertinents, comprenant les cas de Ruisseau-du-Pouce, de la rue Mgr Leen, de Canal-Dayot, de La Butte et des Salines, et l’exutoire supplémentaire de la Place d’Armes au Caudan. Enfin, il demande quelles sont les mesures prises par le gouvernement pour éviter que cela se reproduise et si la mise en place d’un bureau dédié aux plaintes et au traitement accéléré de l’indemnisation de toutes les victimes est envisagée.

Tenant en compte que la question du leader de l’opposition brasse large, le ministre signifiera son intention d’y apporter une réponse détaillée. À ce stade, le leader de l’opposition a demandé au Speaker de s’assurer que le ministre reste dans les limites du temps imparti. Ce à quoi le Speaker a répondu qu’il n’avait pas d’ordre à recevoir de lui, avant de demander au ministre de poursuivre avec sa réponse.

Le ministre Hurreeram a tout d’abord attribué les événements que le pays a traversés, le 15 janvier et le 21 avril, au changement climatique. D’autres pays, et pas des moindres, ont en effet eux aussi connu des conditions extrêmes, dit-il, et Maurice, en tant que pays insulaire comptant parmi les plus vulnérables, n’a pas été épargnée. Il a cité en exemple le taux de pluviosité enregistré le 21 février et le 21 avril, mais aussi le cas d’Albion, avec une pluviosité record avec 302 mm de pluies, ou encore le Domaine-Les-Pailles (232 mm) et le Champ-de-Mars (194 mm).

Le ministre est d’avis que « le gouvernement a pris des initiatives courageuses » en prévoyant un budget sans précédent de Rs 11,7 milliards pour la mise en œuvre du National Floods Management Programme (NFMP), préparé dans le cadre du Land Drainage Master Plan ». À ce titre, il cite qu’au 21 mars dernier, 1 400 projets avaient été prévus dans le cadre de ce même NFMP, et que le gouvernement a porté ce nombre à 1 742. Ce qui, selon lui, indique que le gouvernement traite la situation de manière dynamique.

Tous ces projets doivent être mis en œuvre sur une période de cinq ans, indique-t-il encore. En outre, 539 projets ayant nécessité des dépenses de Rs 3,8 milliards ont été complétés, tandis que 114 projets, pour un montant total de Rs 3,3 milliards, sont en cours et ont atteint différents niveaux d’achèvement. Par ailleurs, 150 projets pour un montant estimé à Rs 2,8 milliards, sont devant le Public Procurement Office. Et de faire à ce stade un parallèle, faisant remarquer que, pour la période 2005-2014, « seulement Rs 3,8 milliards avaient été dépensées. » Il ajoute : « Ce gouvernement a dépensé en trois ans ce que l’ancien gouvernement avait fait en dix ans. » Poursuivant sur le volet chiffré, il indiquera encore que Rs 737 millions ont été dépensées dans le budget 2021/22 dans le cadre du NFMP, Rs 1,6 milliard pour 2022/23 et Rs 1,5 milliard pour 2023/24.

Par ailleurs, poursuit le ministre des Infrastructures publiques, la Land Drainage Authority a identifié 306 zones sujettes aux inondations, dont 62 ont été déclarées à haut risque. Vingt projets dans ces zones à haut risque ont été complétés, tandis que 13 sont en construction et 10 en sont encore au state des appels d’offres.

Quatre institutions sont responsables de la mise en œuvre du NFMP, soit la Drain Infrastructure Construction Ltd, la National Development Unit, la Road Development Authority et les autorités locales, sous la direction de la Land Drainage Authority. Pour le ministre, « l’adaptation au changement climatique n’est pas une entreprise ponctuelle du gouvernement ou de n’importe quel gouvernement, mais un projet à long terme ». Dans ce contexte, son ministère a déjà entrepris 539 projets, « et pas 34 projets, comme mal rapporté » (dans le rapport de l’Audit, NdlR). Nombre qui correspond en fait aux nouveaux projets alloués à la NDU seulement pour être implémentés, et ce, pour l’année financière 2022/23.

Le ministre s’est ensuite lancé dans des explications d’ordre topographique de Port-Louis, qui est bordée d’un côté par les montagnes et, de l’autre, par la mer. Avec pour conséquence que la capitale se trouve « dans une cuvette » et que l’évacuation d’eau dépend du niveau de la mer. Il estime ainsi que, lors des épisodes de pluies torrentielles et d’inondations, l’évacuation d’eau peut être bloquée par la marée haute, d’où la montée des eaux dans des endroits plats, comme la rue La Poudrière, le Caudan et La Chaussée.
Tous les scénarios pour atténuer les inondations ont été étudiés, dit-il, et des mesures ont ensuite été recommandées. Ainsi, des murs seront érigés à différents endroits sur les rives du Ruisseau-du-Pouce, de même que plusieurs ponts seront reconstruits. Le pond Baden Powell sera démoli, ainsi que les lieux où se trouvent encore des marchands ambulants, sur le Ruisseau-du-Pouce.

Des drains seront par ailleurs aménagés dans les régions de Mgr Leen, La Butte et Les Salines, ainsi que le long de l’Old Moka Road, etc. Mentionnant ensuite la construction de drains dans plusieurs régions, il estime que « tous ces travaux démontrent les efforts du gouvernement en vue d’atténuer les effets des inondations ». Sans compter que « les mesures qui ont déjà été prises ont porté leurs fruits. »

Poursuivant, il affirme que le gouvernement « prend toutes les mesures qu’il faut pour atténuer les effets des inondations ». Raison pour laquelle il avait commandité un Land Drainage Master Plan, dit-il. Cependant, pour lui, « le problème des inondations est à voir d’une manière globale, et non pas de façon Piecemeal et localisée ».

Tenant compte de la situation climatique dans le monde, il estime ainsi impossible de contrôler pleinement les inondations. « Nous pouvons simplement prendre des mesures pour protéger les citoyens », poursuit-il. Il affirme que, malgré les difficultés, « le gouvernement fait de son mieux en introduisant des mesures susceptibles de créer de la résilience .»

Alors que le ministre égrenait les mesures prises pour atténuer les effets des inondations, le leader de l’opposition a manifesté son impatience devant la longueur de la réponse du principal concerné. Le Speaker a cependant estimé que ce dernier n’avait pas le droit d’intervenir en dehors d’un Point of Order. Lorsque Shakeel Mohamed a ainsi évoqué un Point of Order pour protester contre la longueur de l’intervention, le Speaker lui a rappelé que cette décision lui revenait, avant de demander au ministre de poursuivre son intervention.

Finalement, concernant la question de la compensation, le ministre Hurreeram a expliqué que cet item ne tombait pas sous sa responsabilité. Toutefois, dit-il, selon le commissaire de police, à 9h hier, 735 personnes avaient soumis des demandes d’assistance ou de compensation. Ainsi, malgré des procédures définies, des soutiens additionnels sont accordés aux victimes, « comme cela a été le cas pour les propriétaires de la maison endommagée, qui ont rencontré le Premier ministre, qui a promis son aide ». De fait, pour le ministre, « il n’y a pas de place pour des Cheap Politics ou les vautours autour des victimes pour des gains politiques ».

Le leader de l’opposition a, dans sa première interpellation supplémentaire, fait mention des remarques formulées par le directeur de l’Audit, qui s’étonne, dans son rapport, que seule une faible partie des travaux concernant les drains ait été réalisée. Il a fait état des correspondances adressées à son ministère par les députés Farad Aumeer et Osman Mohamed concernant des projets à Port-Louis et pour attirer l’attention sur le risque que présentait un drain non complété devant la maison qui s’est effondrée dimanche. Il demande les raisons pour lesquelles il n’y a pas eu de supervision adéquate de ces projets et a accusé le ministère des Infrastructures publiques de « négligence criminelle », demandant ainsi au ministre de présenter ses excuses. Le Speaker est intervenu pour affirmer qu’il n’y a pas d’excuses à présenter.

Le ministre a également affirmé n’avoir pas reçu les lettres évoquées par le leader de l’opposition. Il a finalement annoncé que, dans le cas de la maison de Tranquebar, son ministère a déjà institué un comité indépendant, présidé par un ingénieur de son ministère et des officiers de la RDA, pour enquêter sur toute la question. Tenant en compte le fait que cette affaire peut être portée en cour, il n’a pas souhaité entrer dans les détails, mais a promis qu’une fois le rapport prêt, il pourra être consulté par l’opposition. Le Speaker a mis fin à l’exercice de PNQ, malgré les protestations de l’opposition.

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