Le choc des photos

Un vieux dicton d’avant affirmait que si les paroles s’envolent, les écrits restent. Pour le compléter, il faudrait aujourd’hui ajouter : les photos aussi. On pourrait ajouter à ce dicton actualisé le slogan du magazine français Paris Match : le choix des mots, le choc des photos. Ce choc, c’est ce que certains des prétendants à des nominations dans les corps paraétatiques et des commissions non pourvues de membres sont en train de ressentir. Il y a toutes sortes de campagnes de ces aspirants à un poste pour les obtenir, mais ils ont aussi des adversaires qui sont disposés à faire n’importe quoi pour faire capoter ces nominations afin qu’ils puissent les revendiquer. La dernière arme dans ce combat entre chatwas à la recherche de « bout » : les photos d’hier qui ressortent fort opportunément aujourd’hui. De tout temps, se montrer à côté d’un homme ou d’une femme de pouvoir était une manière de faire savoir qu’on était dans le pouvoir. Du bon côté du versant de la montagne, comme on disait autrefois. Avec l’arrivée des téléphones portables transformant leurs propriétaires en photographes/reporters, on est passé du montré à se faire photographier. C’est ainsi que chaque déplacement public de ministres, grands ou petits, ou de personnalités politiques, comporte sa pose photo. Des images qui seront rapidement postées sur les réseaux sociaux pour montrer la proximité du ou de la photographié(e) avec les représentants du pouvoir.
Mais le problème, c’est que ces photos peuvent facilement ressortir, surtout quand ceux qui se sont fait photographier tout sourire avec les puissants d’hier sont aujourd’hui à la recherche d’une nomination ou d’une promotion dans les institutions gouvernementales. Hier, cette image était la preuve que le photographié était dans le camp des vainqueurs, aujourd’hui, elle témoigne qu’il se retrouve dans celui des vaincus. De ceux qu’il ne faut pas nommer. C’est ce qui est en train d’arriver à cet ex-président d’une association socioculturelle briguant un poste dans un comité. À la veille des choix, voilà qu’une image de lui en compagnie de l’ex-Premier ministre a commencé à circuler sur les réseaux sociaux, le rangeant dans la catégorie des infréquentables. Des innommables. Mais il y a certains qui savent se faire nommer avant que des photos politiquement compromettantes commencent à circuler. C’est le cas de ce membre du personnel de la MBC qui, oubliant sa proximité avec l’ancien gouvernement, ne jure aujourd’hui que par le présent. Elle est parvenue à obtenir une promotion juste avant qu’une photo d’elle trinquant avec l’ancien vice-Premier ministre ne commence à circuler sur le net. Est-il possible de reprendre la nomination de quelqu’un qui vient d’être nommé ? L’avenir nous le dira.
La possibilité qu’une nomination soit acceptée ou refusée à cause d’une photo jugée compromettante est en train de provoquer un grand nettoyage dans les albums numériques des réseaux sociaux. Les photos prises avec les membres du gouvernement d’hier sont systématiquement recherchées et effacées. Le problème, c’est que, comme le soulignent les experts en informatique, on ne peut jamais tout effacer sur un ordinateur. Un avis qui doit donner des sueurs froides et des nuits blanches à ceux qui se sont fait photographier koste-koste avec les puissants d’hier et qui voudraient fricoter avec ceux d’aujourd’hui. Mais il n’y a pas que les photos qui peuvent avoir un effet boomerang sur les ambitions de ceux qui aspirent avoir le « bout » qu’ils estiment mériter. Certains clips peuvent être aussi dangereux que les photos numériques. C’est le cas de la série consacrée aux promotions de l’hôtel Maradiva aux quatre coins des salons touristiques selects du monde, sans oublier les fameuses white parties où l’on importait des danseuses de l’étranger tous frais payés par la MTPA. Mieux que n’importe quel article de presse, ces clips montrent comment la MTPA a utilisé l’argent public pour financer les campagnes d’un établissement privé dont l’unique mérite du propriétaire aura être d’être le beau-frère de l’ex-Premier ministre.
La leçon de tout ça, c’est qu’il vaut mieux éviter de se faire photographier avec un politique de quel bord qu’il soit. L’histoire du pays nous a appris qu’on n’est jamais à l’abri d’un changement de partenaire, d’une cassure ou d’une révocation qui changent la donne politique. Dans cette éventualité, il se faut rappeler que les paroles s’envolent — comme les promesses électorales — que les écrits restent — mais ne servent pas à grand-chose comme les programmes gouvernementaux —, mais que les photos possèdent un immense potentiel de nuisance politique.

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Jean-Claude Antoine

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