AIR MAURITIUS Séquelle du Hedging


Pertes de Rs 1 milliard à la fin de mars 2009


AIR MAURITIUS Plan de sauvetage financier


Xavier Duval chargé d'une équipe pour discuter avec MK


TRANSPORT Sortie des classes à 15 h 00


Constat : collégiens pénalisés et opérateurs d'autobus stressés


AIR MAURITIUS Séquelle du Hedging


Pertes de Rs 1 milliard à la fin de mars 2009

Le QG d'Air Mauritius est un des "Non-Core Assets" de la compagnie à être vendus dans le cadre de la restructuration

Le conseil d'administration d'Air Mauritius, réuni d'urgence en début de semaine en présence des Financial and Legal Advisors, a confirmé le scénario de May Day financier pour la compagnie suite aux effets conjugués des mauvais jugements au sujet des hedging commitments et de la baisse dans la demande de sièges avion. Les données et analyses de la situation indiquent qu'en attendant la publication du bilan financier au 30 mars prochain, tous les indicateurs sont au rouge avec des prévisions de pertes d'au moins Rs 1 milliard pour 2008/09, soit 23,1 M d'euros contre des profits de 15,6 M d'euros en 2007/08.

Le Board d'Air Mauritius, qui est sans président depuis vendredi dernier, a évalué les funding needs de la compagnie à hauteur de 65 M d'euros, soit plus de Rs 2,7 milliards, et mise gros sur les propositions du plan de sauvetage en discussions avec le gouvernement pour faire face à la détérioration de la situation depuis le dernier trimestre de l'année dernière.

D'entrée de jeu, le Board d'Air Mauritius reconnaît que " during the third quarter of its Financial year 2008/09 (October to December 2008), Air Mauritius faced new emerging challenges leading to an unprecedented deterioration of its financial performance ". Le facteur principal menant à cette passe financière des plus difficiles reste les hedging commitments pour l'approvisionnement en carburant avec la chute du cours mondial du baril de pétrole. Air Mauritius avance que des spécialistes du hedging ont été nommés en vue de revoir et de restructurer le hedging portfolio et de proposer des stratégies pour atténuer les risques.

Les premières répercussions financières de la décision d'Air Mauritius de hedge son approvisionnement en carburant à 50 % jusqu'à août 2010 au cours moyen de US $ 105 ont déjà été évaluées. Pour les neuf premiers mois de l'exercice financier 2008/09, la compagnie aérienne nationale a essuyé des pertes de 20,5 M d'euros, soit quelque Rs 861 M. En 2007/08, la facture de carburant d'Air Mauritius se montait à 145 M d'euros selon le bilan financier annuel établi au 30 mars 2008.

Dans le cadre de cet exercice de réévaluation des opérations financières, " the company is required to account for losses arising not only on the volumes contracted for the year but also losses expected to arise on volumes contracted for future years, as the spot price is lower than the contracted price ". Dans cette perspective, les paper losses ou unrealized losses se montent à quelque Rs 5,7 milliards pour la période allant jusqu'à la fin des hedging commitments en août 2010 au cours du baril de pétrole en vigueur au 31 décembre dernier.

Garanties

L'une des principales difficultés rencontrées par Air Mauritius avec les hedging counterparties comprenant la Barclays, Capital BNP, Mitsui et Morgan Stanley est que ces dernières institutions financières ne veulent pas des assets d'Air Mauritius, notamment des avions, en guise de collaterals (garanties) contre les pertes encourues sur les contrats. Elles insistent pour des versements en cash.

À cet effet, au 31 décembre dernier, Air Mauritius a dû verser des collaterals sous forme de cash, de lettres de crédits et de garanties du gouvernement pour un montant de 117,9 M d'euros (Rs 5 milliards environ). En vue d'alléger la pression sur le cash flow, la compagnie a bénéficié de garanties du gouvernement pour un montant de US $ 110 M (Rs 3,7 milliards environ). Plus de 75 % de ces garanties, soit Rs 2,7 milliards, ont déjà été utilisées pour honorer les hedging commitments.

La direction générale de la compagnie aérienne exprime des appréhensions quant au montant de ces hedging losses compte tenu de l'évolution du marché. " The current volatility in fuel prices makes visibility very difficult. Depending on future fuel price movements the actual hedging loss could be higher or lower than the projected unrealized hedging loss ", note un communiqué officiel émis à la suite de la réunion du conseil d'administration de plus de six heures de lundi dernier.

Au cours actuel du pétrole sur le marché mondial, Air Mauritius est à la recherche de ressources financières pour un montant de Rs 790 M (18 millions d'euros) même si les dispositions en termes de collaterals devront suffire pour faire face aux exigences des hedging counterparties. La direction rappelle également que " cash resources must be available to meet the commitments of the company as hedge contracts mature and losses must be settled in cash ".

Un autre facteur est venu se greffer sur les problèmes de hedging : la baisse dans la demande pour les sièges avion et le cargo sur les destinations desservies par Air Mauritius. Au dernier trimestre de 2008, la compagnie a enregistré une baisse de l'ordre de Rs 281 M (6,4 M d'euros) comparativement à la période correspondante en 2007. Pour l'exercice financier se terminant au 31 mars prochain, le bilan financier devrait confirmer un revenue shortfall de Rs 1,2 milliard (26,3 M d'euros) comparativement à 2007/08.

Tout en évitant de s'engager dans des prévisions financières au-delà du mois d'avril prochain, le conseil d'administration a pris note que pour l'année financière 2008/09, qui se termine en mars prochain, des pertes de Rs 1 milliard (23,1 M d'euros) sont attendues, alors que pour le précédent exercice, la compagnie avait réalisé des profits de 15,6 M d'euros.

Au 31 décembre dernier, en tenant compte des unrealized hedging losses, la compagnie aérienne nationale a connu des pertes de 18 M d'euros (Rs 791 M) contre des profits de 11,6 M d'euros à pareille époque en 2007. La confirmation de ces détails devrait être officielle à la mi-février avec la publication des unaudited figures pour les neuf premiers mois de l'exercice financier.

Par ailleurs, Air Mauritius se montre très pessimiste quant à l'évolution du marché, car " continued declines are expected throughout 2009 and the turmoil in our main markets makes it extremely difficult to firecast beyond April 2009 ".



Air Mauritius : des besoins de cash de Rs 2,9 milliards

Air Mauritius se retrouve ces jours-ci avec des " Total Funding Needs " de Rs 2,9 milliards, soit 65 millions d'euros pour ses besoins de trésorerie (Cash Flow Needs) dans les mois à venir. Les principales sources de financement recommandées par le Board représentent une combinaison de la vente des " Non-Core Assets " et de " Bridging Finance ", avec un complément sous forme d'injection de capitaux. Entre-temps, dans le cadre du " Rescue Plan " préparé par la direction, un nouveau Business Operating Plan pour 2009/10 devrait être mis en œuvre avec des " implications on our fleet and other resources including human resources ".

Les premières évaluations contenues dans le plan de restructuration et d'assainissement d'Air Mauritius indiquent que la vente des " Non-Core Assets ", comme le Paille-en-Queue Court, et la décision de mettre un terme à la gestion de l'hélicoptère et de l'hôtel Cotton Bay à Rodrigues devraient rapporter des recettes de quelque 30 millions d'euros, soit la moitié des " Funding Requirements ".

D'autre part, l'injection de " Fresh Capital " est présentée comme une consolidation de l'" Equity Base " de la compagnie dans l'intérêt des stakeholders. Par ailleurs, le Board d'Air Mauritius souligne que compte tenu d'un " Worst Case Scenario ", avec un baril de pétrole dans les 30 dollars américains, une nette détérioration concernant la demande de sièges-avion et une nouvelle dépréciation de l'euro par rapport au dollar américain, des " additional measures and/or capital injection may be required ".

Tout en revenant sur le fait que des compagnies aériennes dans le monde entier préparent des plans de restructuration face à la crise, Air Mauritius mise, pour sa part, sur une série de mesures en vue de réduire les " Employee Costs to reflect the reduced activity ". Le Board de la compagnie aérienne nationale se dit conscient que " the new operating plan has implications on our fleet and other resources including human resources " mais ajoute que " a company-wide plan for reducing costs across the board is of critical importance ".

Les premiers détails de ce plan devraient être rendus publics vers la fin de la semaine quand le Chief Executive Officer de la compagnie, Manoj Ujoodha, aura une séance de travail avec les responsables de l'intersyndical d'Air Mauritius. Cette fin de semaine risque d'être déterminante au sein de la compagnie aérienne.

Entre-temps, les premiers éléments de ce Business Operating Plan pour 2009/10 évoquent un " Refocussing " des opérations en Allemagne, sur Francfort, et une coopération accrue avec Air France au niveau du Code Sharing, avec une réduction dans l'utilisation des avions faisant partie de la flotte d'Air Mauritius.

" The new Business Operating Plan has implications on our fleet and other resources including human resources. Our operations will require less resources and therefore will have to address the issue ", reconnaît la direction d'Air Mauritius. A cet effet, sont prévues une série de mesures, dont un " Leave Without Pay Programme ", une révision à la baisse du personnel du Flight Operations Department, le non-renouvellement des contrats à durée déterminée et des " Part-Time Options ". Ces mesures de réduction de coût pourraient toucher quelque 125 membres du Flight Operations Department.


AIR MAURITIUS Plan de sauvetage financier


Xavier Duval chargé d'une équipe pour discuter avec MK

Le ministre du Tourisme et des Communications extérieures, Xavier-Luc Duval, a été chargé par le Premier ministre pour discuter de toute la question de redressement financier avec la compagnie aérienne nationale Air Mauritius, a annoncé le principal concerné au Mauricien ce matin. Le ministre a eu une session de travail avec les dirigeants d'Air Mauritius ce matin. " Nous avons déjà commencé à prendre des actions, que nous communiquerons bientôt ", a dit M. Duval.

" Les mesures de redressement concernent l'ensemble de la compagnie et interpellent l'ensemble du personnel ", a souligné le ministre du Tourisme et des Communications extérieures. Il a, par la même occasion, lancé un appel au secteur touristique et aux Mauriciens en général pour qu'ils continuent à voyager à bord d'Air Mauritius.

Expliquant les raisons pour lesquelles il ne s'est pas exprimé sur les problèmes rencontrés par Air Mauritius jusqu'ici, le ministre a déclaré : " Nous avons tous été pris de court par cette crise à Air Mauritius. Il va sans dire que je n'étais pas au courant de ce contrat de hedging. Il n'y a rien de surprenant. Air Mauritius est une compagnie cotée en bourse avec 12 000 petits et grands actionnaires qui ont placé leur confiance dans le conseil d'administration, dont les membres sont nommés en assemblée générale. La loi sur les compagnies et les règles de la Stock Exchange sont formelles et exigent une grande transparence. En tant que ministre, je n'ai pas le droit moral ni les moyens légaux de m'ingérer dans les affaires courantes. Maintenant qu'un soutien de l'État est nécessaire, le Premier ministre m'a demandé hier de prendre charge et de diriger l'équipe qui entamera les discussions avec Air Mauritus. "

Xavier-Luc Duval a observé que, jusqu'à présent, la performance d'Air Mauritius a été très honorable avec des profits de l'ordre de 15 millions d'euros en 2007/2008. " Malgré la libéralisation, Air Mauritius, qui transporte 55% des touristes à Maurice, a été très profitable. Ceux qui nous critiquent à ce sujet ne connaissent pas leurs dossiers. S'il n'y avait pas eu de hedging, Air Mauritius aurait été profitable malgré la libéralisation ", a-t-il poursuivi.

Le ministre du Tourisme et des Communications extérieures a observé qu'" aujourd'hui, face à la crise internationale qui s'intensifie et les pertes encourues et attendues sur le hedging, toute la structure ainsi que les opérations d'Air Mauritius sont à revoir ". Air Mauritius, rappelle-t-il, est en crise et toutes les mesures de redressement arrêtées concernent l'ensemble de la compagnie et interpelleront l'ensemble du personnel. " Tous doivent faire des sacrifices ; il nous faudra des économies sur toute la ligne, aucun sujet n'est tabou. Toutes les mesures seront prises pour réaliser des économies et en même temps offrir à nos clients un meilleur service. "

Xavier Duval lance un appel aux Mauriciens : " Continuez à voyager à bord d'Air Mauritius ". " Je fais un appel au secteur touristique en leur demandant de continuer à faire voyager nos visiteurs à bord d'Air Mauritius. "

M. Duval remercie le Premier ministre pour la confiance placée en lui. " Air Mauritius survivra et continuera à servir le pays. Le gouvernement fera tous les efforts nécessaires pour remettre la compagnie sur les rails, moyennant les efforts et les mesures qui seront entreprises par la compagnie et l'ensemble du personnel ", réitère-t-il.

" Notre objectif est qu'Air Mauritius émerge de cette crise plus forte et plus performante que jamais. Le temps est à l'action et non pas à la critique. Mettons de côté la politique partisane. Le passé est derrière nous. Retroussons nos manches et mettons-nous au travail ", a conclu Xavier-Luc Duval.


TRANSPORT Sortie des classes à 15 h 00


Constat : collégiens pénalisés et opérateurs d'autobus stressés

Inquiétudes, depuis hier, quant à la réduction du nombre de bus scolaires pour le retour des collégiens chez eux

Alors que les chefs d'établissement ne sont pas contents et inquiets de la réduction du nombre de bus scolaires pour le retour des collégiens chez eux, les compagnies d'autobus affirment que cette mesure ne leur permet pas pour autant de gérer avec efficacité le transport retour de la masse des salariés. " Il y a du stress sur les opérateurs " soutient l'un d'entre eux. La CNT, qui n'avait pas opté pour cette mesure, avoue, ce matin, au Mauricien que la " situation est difficile " l'après-midi et prévoit de changer ses habitudes vis-à-vis des écoles.

Au troisième jour de la rentrée secondaire, les responsables des compagnies d'autobus sont très sceptiques quant à la situation du transport en commun dans l'après-midi, en dépit de la décision prise de réduire la flotte des véhicules mis à la disposition des collèges. " Nous ne voulons pas pénaliser les scolaires mais n'avions d'autre choix que de réduire les school bus là où cela pouvait se faire. Mais même avec cette mesure, il y a une certaine tension sur les opérateurs d'autobus pour le service au grand public ", constate un des responsables d'une compagnie d'autobus. " La situation aurait été catastrophique dans les gares et aux arrêts d'autobus si nous avions maintenu le même nombre d'autobus pour chaque école que nous desservons ", ajoute notre interlocuteur.

La CNT, qui n'a pas réduit sa flotte à la disposition des écoles, va, selon nos informations, revoir sa stratégie et les techniciens discutent depuis ce matin de la possibilité de réduire le nombre de dedicated school bus. " Nous n'avons ni réduit ni augmenté le nombre de bus scolaires mais nous rencontrons quelques difficultés nous aussi les après-midis ", admet un des responsables de cette compagnie. " Il faut apporter quelques ajustements et c'est de cela qu'on discute. "

Dans les collèges d'Etat et privés, l'on est très critique contre cette décision prise par les opérateurs de réduire le nombre de bus scolaires. Les responsables craignent pour la sécurité des plus jeunes aux arrêts d'autobus. " Nous sommes confrontés à un gros problème de transport et cela bouleverse la bonne marche de l'école. Il nous faut au moins trois bus de UBS et deux de la CNT pour s'assurer que tous les enfants rentrent chez eux en toute sécurité mais nous en avons bien moins ", dit un responsable d'un collège d'Etat de Curepipe. " Maintenant les enfants doivent se rendre à la gare et en temps de grosses pluies comme c'est le cas depuis la rentrée, c'est une grosse pagaille et ce n'est guère une situation plaisante à voir ", dit ce responsable. Au RCPL il n'y a plus de bus à la disposition de ceux qui doivent se rendre à la gare du Nord. " La route est très dangereuse dans cette région et on craint pour la sécurité des enfants qui doivent traverser l'autoroute ", souligne un enseignant.

On relève en ce moment la colère des recteurs des collèges d'Etat après la réception d'une correspondance venant du ministère en début de semaine leur ordonnant de s'assurer que tous les élèves aient un transport pour rentrer chez eux en toute sécurité. " Regarding the extension of school hours up to 15 h 00 you are kindly requested to ensure before you leave school premises every afternoon that all students leaving school have proper transport arrangements to reach home safely and that no students are left behind and you make necessary arrangement at your level in cases where students are encountering transport problems ", écrit le ministère. Les recteurs ont vivement réagi en prenant connaissance de cette directive en soulignant qu'ils ne sont pas responsables des problèmes de transport que rencontrent ces jours-ci les collégiens après la décision des opérateurs d'autobus de réduire leur flotte. " Le ministère doit avouer qu'il y a un gros problème de transport mais c'est aux autorités de trouver des solutions et non aux recteurs. Certes, nous sommes responsables de la sécurité des enfants à l'intérieur de l'établissement mais il y a une limite à tout ", dit un recteur d'un National College.

Par ailleurs, des directeurs de collèges notent qu'à cause de cette diminution de bus scolaires l'après-midi, des bus pour un maximum de 60 passagers en contiennent presque le double. Une situation manifestement à risque pour la sécurité des élèves.