PR OWEN DAVID Diabétologue


" La plupart de patients peuvent ne pas savoir qu'ils ont le diabète "

PR OWEN DAVID Diabétologue

" Le lifestyle, l'alimentation et l'oisiveté, principales causes de diabète à Maurice ", note le diabétologue

Directeur du département de Diabetes Research à l'hôpital Lalandough, au Pays de Galles, à Cardiff, le Pr Owen David, est à Maurice en vue de conseiller le gouvernement, collaborant, entre autres, avec le Dr Vassen Pavaday, Director Health Services. " Le problème à Maurice est à plusieurs niveaux. Vous avez un problème à long terme parce que vous avez un taux de prévalence croissant de diabète dans la population qui devient plus grosse et moins en forme. Il est important donc d'avoir un plan de santé publique en vue d'améliorer les habitudes diététiques et la forme physique de la population ", note le spécialiste britannique.

Lorsque considère la prévalence du diabète à Maurice, peut-on juger la situation dramatique ?

Si nous comparons des pourcentages, on constate qu'il y a 5% de diabétique en Grande-Bretagne, contre une estimation de 15% à Maurice. Ce pourcentage augmente graduellement par rapport à la tranche d'âge de la population. Ainsi, dans la tranche d'âge de 50 ans, le pourcentage affecté est de 30%. Le problème est que cette estimation est basée sur le nombre connu de diabétiques. Or la tendance mondiale est que pour chaque patient que vous connaissez il y a un autre que vous ne connaissez pas. Par conséquent, on doit malheureusement estimer que le nombre de diabétiques est le double de ce que ce nous connaissons. L'autre problème est que le nombre de diabétiques dans le monde a augmenté de manière dramatique. Le problème est que les populations deviennent plus paresseuses et moins en forme physiquement. Ce qui explique que le nombre de personnes qui font du surpoids a augmenté. Le surpoids exerce une pression supplémentaire sur le pancréas qui produit de l'insuline pour contrôler le sucre dans le sang. Ce qui fait que la quantité nécessaire d'insuline pour cette catégorie de personnes doit être plus que d'habitude. Au fil des années, le pancréas n'arrive plus à accomplir sa mission et, du fait de votre poids, l'insuline est moins efficace, avec pour conséquence que le pourcentage de sucre dans le sang augmente et atteint un niveau que, en terme de diagnostic, on appelle le diabète. There is a continuum between normal and impaired glucose tolerance which is a prediabetic stage and then full blown diabetes.

Malheureusement, la plupart de patients peuvent ne pas savoir qu'ils ont le diabète.

On peut voir un cinquantenaire arrivant à la maison et se sentant très fatigué. Il peut attribuer cela au fait qu'il vieillit. Il se met devant la télévision pour se reposer ou va se coucher après le travail. Cela peut être tout à fait normal mais cela peut aussi indiquer le début du diabète. Ils ont l'impression qu'ils ne mangent pas suffisamment parce qu'ils manquent d'énergie et ont occasionnellement très faim. Ce qui empire la situation. Les diagnostics ont démontré que ces personnes ont depuis longtemps un taux élevé de sucre dans le sang, sans le savoir, et ce n'est que lorsqu'ils commencent à avoir des complications qu'ils se rendent chez le médecin. Cela peut être des complications au niveau de la vue, des reins ou des pieds, des nerfs, du cœur ou du cerveau.

Que faire dans ce cas ?

Dans une certaine mesure, il est trop tard pour empêcher le diabète mais, bien sûr, grâce à un bon traitement, on peut empêcher le prochain épisode. L'idéal est d'identifier le patient très tôt, de changer son style de vie, de lui donner le traitement approprié et de maintenir le pourcentage de sucre dans le sang, et de garder la tension et le taux de cholestérol à la normale.

Lorsque vous parlez d'identifier le patient très tôt, que voulez-vous dire ?

Malheureusement, même au niveau intermédiaire durant la période qu'on appelle impaired glucose tolerance, il y a des preuves que ces personnes sont sensibles à des maladies comme l'attaque cardiaque. The cardio vascular complications occur sometimes earlier than small vessel complications linked to the eyes or the kidney.

Vous êtes à Maurice depuis quelque temps déjà ; pourquoi la prévalence du diabète est-elle aussi élevée à Maurice ?

Je pense que cela peut être dû au manque d'activités physiques. You have a very nice lifestyle here. Il y a bien sûr la question d'hérédité. Bien sûr, s'il y a des diabétiques dans la famille, il y a très souvent le risque que vous soyez diabétique. Il se peut très bien que, dans le cas de jumeaux identiques, que l'un soit dépendant de l'insuline et l'autre non. Certaines personnes considèrent toutefois que l'autre jumeau court cependant un risque plus grand d'avoir le diabète de type 2 un peu plus tard dans sa vie, avec l'âge.

Dr Pavaday (du ministère de la Santé) : L'origine de la personne peut jouer un rôle. Les études ont démontré que les personnes d'origine asiatique sont plus susceptibles d'être diabétiques. Maurice ayant une forte population asiatique, cela peut expliquer le taux élevé de prévalence du diabète. Les raisons sont multiples.

Comment expliquez-vous cela ?

Pr David : : Il y a le problème ethnique, mais l'aspect diététique occupe une place considérable. Souvent l'huile de cuisine joue un très mauvais rôle, surtout lorsqu'elle est utilisée à plusieurs reprises. La matière grasse devient plus concentrée et devient beaucoup plus nocive. Il est connu que ces lipides ont un effet toxique par rapport à l'insuline.

C'est aussi très calorifique. Elles contiennent quatre fois plus de valeur calorique que la même quantité d'hydrate de carbone. Ce qui explique que si vous consommez ce type de graisse à l'excès, vous devenez plus gros. Donc l'habitude alimentaire a, d'une part, un effet direct sur la prévalence du diabète et, d'autre part, un effet indirect en rendant les consommateurs plus gros.

Un médecin mauricien disait récemment à la radio que vu la prévalence de diabète à Maurice, chaque Mauricien devrait agir comme s'il était diabétique…

Dr Pavaday : J'ai effectivement dit cela à la radio en tenant compte de la prévalence de diabète, donc du nombre de familles ayant le diabète, de l'alimentation, du manque d'exercice et du fait, comme c'est le cas aujourd'hui, que nous avons de très longues journées de travail. C'est la raison pour laquelle j'ai dit que chaque Mauricien doit agir comme s'il avait le diabète.

Pr David : Je soutiens cette approche. C'est une des façons d'agir de manière préventive. Nous savons que le changement de poids et le manque d'exercice font une grande différence. Les exercices physiques sont importants parce que les muscles ont besoin de glucose. Donc, ils vous permettent d'être physiquement en forme et de réduire le taux de glucose. Ce qui permet de réduire la quantité de graisse, donc le poids. Cela réduit le risque de diabète.

On peut donc conclure que la prévention concernant le diabète doit commence dès l'enfance, c'est-à-dire au niveau de l'école ?

Il faut qu'il y ait un programme national. There needs to be a recognition of what is harmful. C'est très facile de dire que nous vivons dans une société libre. Il faut pour cela qu'il y ait des informations nécessaires dans cette société pour que vous fassiez le bon jugement. Certaines personnes ne sont pas en mesure de faire ce jugement pour eux-mêmes. Dans lequel cas, la société doit faire ce jugement à leur place. Il est important donc que dès l'école les enfants disposent des informations nécessaires concernant l'alimentation et comprennent l'importance des exercices physiques.

Les jeunes femmes sont appelées à être enceintes et elles doivent prendre les précautions pour que leurs enfants ne soient pas diabétiques.

Vous êtes à Maurice pour conseiller le gouvernement. Avez-vous un plan d'action en tête ?

Le problème à Maurice est à plusieurs niveaux. Vous avez un problème à long terme parce que vous avez un taux de prévalence croissant de diabète dans la population qui devient plus grosse et moins en forme. Il est important donc d'avoir un plan de santé publique en vue d'améliorer les habitudes diététiques et la forme physique de la population.

Avez-vous fait un relevé de ce qui se fait à Maurice déjà…

It needs to be reemphasized and intensified and particularly at a time when you're receptive. Elle doit être intensifiée au niveau scolaire, en direction des mamans qui cuisinent pour leurs enfants. La disponibilité des quick foods et des fast foods doit être revue. Il faut s'assurer qu'il n'y ait pas trop de sucre, trop de graisse ou trop de sel dans les aliments. There is need for a public health program for early detection and for prevention. Le problème est que vous avez déjà beaucoup de diabétiques : 120 000 personnes sont touchées. Nous connaissons déjà le taux de complication au niveau des yeux. De plus, le taux d'amputation est parmi le plus élevé monde. That indicates that the care of diabetes is not sufficient. Bien sûr le diabétique doit s'occuper de lui mais la société, le corps médical, les infirmiers doivent s'assurer que le traitement est approprié.

Avons-nous les infrastructures institutionnelles nécessaires ?

Il y a plusieurs modèles de soin. En Europe, il y a de plus en plus de centres pour diabétiques. Ce qui permet de réunir en un seul endroit toutes les compétences : médecins, infirmiers, nutritionnistes, diététiciens, physiothérapeutes, etc. Les patients ont accès à toutes les expertises en un seul endroit. Le drame est que beaucoup de patients voient le médecin pour quelques minutes. Ce qui est nettement insuffisant. Il est impossible de faire un diagnostic si vous n'avez que quelques minutes. Il est plus facile d'examiner un malade dans un centre spécialisé où chaque spécialiste peut prendre le temps nécessaire, non pas quelques minutes seulement, pour considérer les patients. Ils peuvent également partager les informations de manière à donner conjointement le traitement le plus approprié aux patients. On doit, par conséquent, revoir toutes les structures. Si on se base sur le système pratiqué actuellement où c'est seulement le médecin qui s'occupe du malade, il faut dix fois plus de médecins que vous en avez actuellement. Ce qu'aucun pays ne peut se permettre. Il faudra former plus d'infirmiers et d'aides-soignants.

Quelle sera votre contribution dans ce processus de révision des structures ?

My mission is to establish what we call a good clinical practice. Cela veut dire développer un partenariat entre les médecins, les infirmiers et les diététiciens ainsi que fournir les équipements appropriés. Un patient doit pouvoir bénéficier d'un examen approfondi de ses yeux lorsqu'il se rend dans une clinique. Cet examen doit pouvoir être effectué au moins une fois l'an. En Grande-Bretagne, un diabétique est obligé de faire une évaluation complète une fois l'an. C'est-à-dire l'examen des yeux, des reins, des pieds, de la tension sanguine. Cela ne peut pas se faire en cinq minutes. Dans les années 1960 ou 1970, on demandait aux patients comment ça allait et comme on n'avait pas le temps de les examiner, on leur demandait de repasser s'il y avait des complications. Cette méthode est dépassée.

Vous vous êtes intéressé à la rétinopathie

diabétique à Mauice. Pouvez-vous nous en parler ?

C'est la cause la plus importante cause de cécité parmi les personnes en âge de travailler dans la plupart des pays. La prévalence varie en fonction de la durée de la maladie. Cela varie également pour les diabétiques du type A et ceux de type B. Pour les types A, c'est-à-dire ceux qui sont diabétiques depuis leur très jeune âge, le risque qu'ils aient un problème des yeux avec l'âge est plus grand. Pour les patients de type B qui se sont présentés à n'importe quel âge, 30 ans, 50 ans, 60 ans, des problèmes au niveau des yeux ont été dépistés dès le premier examen parmi 20% de patients parce qu'ils ont du diabète qui n'a pas été diagnostiqué depuis dix ans. Ce nombre est appelé à augmenter jusqu'à 50% durant les dix à vingt ans à venir. Type two diabetic eye disease is the commonest cause of blindness.

Vous dites que l'alimentation commercialisée dans les rues mauriciennes est nocive pour la santé. Qu'est ce que vous préconisez comme alternative pour ce type de commerçants ? Y a-t-il une alternative en termes d'alimentation pour la population ?

Dr Pavaday : La solution réside dans l'éducation, dans le school health program, etc. Même maintenant dans le curriculum scolaire rien n'est prévu concernant le choix d'alimentation. Des démarches sont faites pour que ce soit le cas dans le curriculum du secondaire. Il faut également qu'il y ait une législation et ensuite s'assurer que la loi est appliquée.

Pr David : C'est la même chose que pour la cigarette. Dans le passé, vous m'auriez remercié de vous avoir offert une cigarette. Aujourd'hui, cela n'est plus acceptable parce que l'éducation, les campagnes de sensibilisation et les législations ont permis d'assurer que je ne vous offre pas un clou pour votre cercueil. De la même manière, lorsque les vendeurs de fast food réaliseront qu'ils desservent la communauté, ils offriront autre chose. Il n'existe pas ce type de vendeurs de gâteaux dans les rues en Grande-Bretagne. Il est vrai que l'environnement est différent. When they will realise that they are killing people in a very pleasant way, they will start to change.

Il ne faut pas oublier que Maurice est un producteur de sucre…

Le sucre en lui-même n'est pas un problème. Je peux prendre beaucoup de sucre sans que cela ne m'affecte.

Et si vous êtes diabétique est-ce que les médicaments constituent la seule solution ?

Non. C'est le style de vie. Il y a plusieurs approches. La première consiste à faire de sorte que ceux qui n'ont pas le diabète n'en soient pas atteints ; la deuxième est d'empêcher ceux qui ont déjà le diabète d'avoir des complications et aider ceux qui ont des complications à vivre avec. Les programmes de santé publique sont un processus continu. C'est la matière grasse dans les produits qui est dangereuse et destructrice. Je vous répète qu'il a été démontré qu'un peu d'exercice régulièrement peut vous empêcher d'avoir le diabète. Le diabète, quelle que soit sa sévérité, est preventable. You can prevent it if you have the right system and the right control. Only a small type of diabetes is untreatable. Most of them are preventable and most of them are treatable so that your patient does not lose his vision. If the patient loses his vision that means that your treatment is wrong.

Il ne faut donc pas désespérer ?

Il faut garder une attitude positive. Le grand problème reste que le diabétique n'est pas au courant de sa maladie It's unawareness. Il est essentiel qu'il puisse la détecter très tôt afin d'éviter les complications comme les problèmes de vision.



Diabète : vers la création d'un centre intégré régional

Quelque 120 000 cas connus de personnes atteintes de diabètes à Maurice. Or, selon les normes internationales, le nombre réel est le double du nombre de cas connus. Autres chiffres : il y a un nombre d'amputations dix fois supérieur à celui pratiqué en Grande-Bretagne ; 20% des diabétiques en âge de travailler ont des handicaps visuels et 2% sont atteints de cécité. Et la situation continue à s'aggraver.

C'est sans doute cela qui a poussé le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à inviter le Pr David Owen, directeur du service de Diabetes Research à l'hôpital de Llandough, Cardiff, Pays de Galles. Une première visite à Maurice en février dernier lui a permis de faire un constat alarmant : sur 27 diabétiques consultés, 15 souffraient de complications importantes aux yeux. Alors que Rs 40 M sont dépensées annuellement pour le traitement des diabétiques ayant des complications aux yeux à Chennai.

Depuis le début de l'année, le Professeur Owen a fait un don d'équipements aux autorités sanitaires mauriciennes qui sont utilisés dans deux centres de santé pour examiner la rétine des patients.

De retour à Maurice cette semaine, le Pr Owen a eu des sessions de travail avec le ministre de la Santé, Rajesh Jeetah, qui est convaincu de la nécessité de créer un centre d'excellence spécialisé dans le dépistage, l'accompagnement et le traitement des diabétiques à Maurice.

Le Pr Owen a quitté le pays mercredi et sera de retour l'année prochaine pour une période de six mois pour aider le ministère de la Santé à revoir les structures existantes pour s'occuper du diabète, à mettre en place de nouvelles structures et à initier un programme de formation pour le personnel soignant mauricien.

" Il est essentiel de former le corps médical dans le domaine des soins aux diabétiques. Nous avons des cours de ce genre à Cardiff University ", souligne-t-il. Plusieurs configurations sont envisagées, dont des cours en ligne. Est également envisagée la formation d'une équipe d'infirmiers, de nutritionnistes et de diététiciens pour accompagner les patients dans leur early treatment.

Il souligne la nécessité de la création d'un centre intégré doté d'équipements de pointe, dont des caméras digitales, pour l'examen de la rétine. Les patients pourront consulter dans un même lieu le médecin, le nutritionniste, le diététicien et les autres spécialistes qui prendront le temps nécessaire aux examens des yeux, des pieds, de la tension artérielle etc. Le centre pourrait à terme devenir un centre d'excellence pour la région.

Le Pr David Owen est associé aux recherches sur le diabète depuis une trentaine d'années et a publié plusieurs dizaines de documents de recherche sur cette question.